Qu’est-ce que le chamanisme aujourd’hui ? Origines, pratiques et réalité des traditions chamaniques
Depuis plus de 30 ans, j’explore les traditions chamaniques d’Indonésie, du Népal, de Mongolie et d’autres cultures. À travers cet article, je vous propose d’éclaircir ce qu’est réellement le chamanisme aujourd’hui.
C’est une grande question que beaucoup de personnes me posent depuis longtemps alors je vous propose à travers cet article d’essayer d’y voir un peu plus clair. Pour commencer il est déjà primordial de comprendre un peu mieux de quoi on parle quand on parle de chamanisme. En toute simplicité, je commencerai par affirmer que le chamanisme est l’ancêtre de toutes nos traditions spirituelles. Il y a souvent cette carte postale qui associe le chamanisme avec les indiens d’amérique comme les lakotas ou d’autres tribus ou avec les terres reculées de Sibérie ou de Mongolie. Il est important de bien comprendre que le chamanisme existe depuis la nuit des temps sur tous les continents.
L’animisme, un terreau fertile
En observant les cultures traditionnelles à travers le monde, on constate qu’elles ont toutes un terreau de base animiste. L’animisme étant cette vision du monde qui explique qu’autour de nous, tout est esprit, l’arbre, la rivière, la montagne, l’animal…. Il est bon de rappeler que dans cette vision, la voiture, le camion, la cheminée, l’IPhone ont également un esprit. Si tout est esprit, pourquoi cette vision romantique accepte que la cascade a un esprit et pas un camion ? Dans la cordillère des Andes et en Asie du sud-est, les populations locales font des cérémonies, des offrandes ou font appel à des chamanes pour bénir leur camion, moto, voiture à des jours précis de l’année ou avant de grands évènements.
On retrouve dans le monde des sociétés animistes qui ont des pratiques, des cérémonies des systèmes d’offrande afin de préserver l’harmonie entre le monde des esprits et la communauté mais nous ne parlons pas encore de chamanisme dans cette vision du monde…
Le chamanisme, un art de communication
Le chamanisme, quel que soit son territoire, implique l’utilisation d’un ou de plusieurs outils afin de pouvoir passer dans un état de transe afin de communiquer avec le monde des esprits. Pour faire très simple : si il n’y a pas de transe ce n’est pas du chamanisme. Donc nous trouvons dans le mondes des sociétés traditionnelles qui ont conscience de l’existence des esprits et qui interagissent avec eux à travers des règles de cohabitation, des offrandes, des traditions… et certaines sociétés traditionnelles ont le même point de départ animiste affirmant que tout est esprit mais qui ont développé l’utilisation d’outils afin de pouvoir passer dans un état de conscience modifié pour communiquer, interagir avec ce monde des esprits. Ce sont des sociétés chamaniques. Dans le monde aujourd’hui, nous rencontrons donc des société animistes qui ne sont pas forcément chamaniques et des sociétés chamaniques qui utilisent la transe et qui sont par défaut animistes.
Une boîte à outils explosive
En avançant dans notre compréhension, nous allons maintenant explorer cette notion d’outils dans le chamanisme. Comme je le disais, les sociétés chamaniques utilisent des outils afin d’atteindre cet état de transe dans lequel elles communiquent avec le monde des esprits. Alors, quels sont ces outils ? Il est très important de comprendre que le chamanisme est un art pragmatique en ce sens qu’on utilise un outil, une méthode parce que ça marche et que si ça ne marche pas, on passe à autre chose. Dans une société traditionnelle, on ne peut pas perdre son temps avec quelque chose qui ne marche pas… Ces outils respectent cette règle, ils existent encore aujourd’hui simplement car ils sont efficaces. Deuxième point au sujet de ces outils, ils sont contextuels, c’est-à-dire qu’on va utiliser des outils qui existent autour de nous, dans notre territoire. Certains de ces outils sont universels, d’autres sont fortement liés au territoire.
Le premier et le plus archaïque de ces outils est le rêve. L’état de rêve nous fait accéder à un état de conscience très proche de l’état de la transe chamanique. Beaucoup de cultures ont conservé jusqu’à aujourd’hui une pratique chamanique incluant le rêve. Dans le folklore, nous retrouvons les aborigènes d’australie qui expliquent que tout ce qui existe a été rêvé… Quelle vision poétique du monde ! En amérique du nord, certains natifs expliquent que ce que nous percevons avec nos sens, c’est le rêve et que ce que nous percevons dans notre sommeil c’est la réalité… Dans l’Himalaya, le grand dieu Vishnu sous sa forme Narayana est décrit comme endormi, rêvant l’univers et dans certains temples au Népal, tous les matins de grandes cérémonies sont réalisés pour que ce Vishnu-Narayana se réveille afin que son rêve deviennent réalité, notre réalité. Dans la pratique chamanique, on retrouve le rêve comme un réel outil afin de rentrer en contact avec ce monde invisible et en retirer des messages, des réponses, des enseignements.
Ensuite, nous avons l’outil des plantes. Un grand sujet ! Les chamanes sont pragmatiques comme je le disais. Donc, dans un environnement où il y a beaucoup de plantes, les chamanes utilisent des plantes, logique. Mais les chamanes qui vivent dans des environnements où il y a très peu de plantes, ont trouvé d’autres outils et n’utilisent pas de plantes. Les Shipibos d’Amazonie sont des grands spécialistes de l’utilisation de l’Ayahuasca avant tout car ils vivent au milieu de la forêt amazonienne et qu’ils sont entourés de millions de plantes. Les chamanes inuits, entourés de glace et de neige ne se sont pas beaucoup posés la question de l’utilisation des plantes… Ils ont d’autres outils. C’est important de bien comprendre cette logique car je rencontre beaucoup de personnes qui dès qu’elles entendent le mot chamanisme imaginent immédiatement l’utilisation de plantes psychotropes. C’est un raccourci qui peut effrayer. La réalité est bien différente et très pragmatique. 80% des sociétés chamaniques à travers le monde n’utilisent pas de substances…
Dans notre boîte à outils, nous retrouvons également le chant et la danse largement répandu sur tous les continents. Un chant ou une danse qui amènent un état de transe chamanique sont des danses ou des chants monotones, répétitifs, longs… qui tout en douceur modifie les fréquences du cerveau pour lui faire atteindre cette fameuse transe chamanique
Les ascèses sont également un outil très répandu. Par des abstinences, des retraits des sens, la conscience a accès à des états différents qui nous permettent d’être plus perméable, plus sensibles aux messages du monde des esprits. Certaines cultures à travers le monde ont poussé ces ascèses à un niveau de précision surprenant en faisant leur outil de prédilection. L’ascèse la plus simple que tout le monde peut expérimenter est le jeûne. Le fait de ne rien manger pendant 24h, si nous sommes un peu attentif et sensible nous permet de nous rendre compte que nous sommes plus connectés à ce qui nous entoure, aux sons, aux odeurs, au flot de nos pensées…
Je garde volontairement l’outil qui me parle le plus pour la fin. Le Tambour chamanique. Pour être plus juste je parlerai plutôt d’un instrument percussif qu’il soit en bois, en métal, en peau…. peu importe, ce qui est recherché, c’est un rythme répétitif, monotone, long qui modifie mécaniquement les fréquences électriques de notre cerveau afin d’être immergé dans une transe chamanique. On retrouve l’utilisation du tambour chamanique sur tous les territoires, dans pratiquement toutes les sociétés traditionnelles. Sa fonction première a parfois été oubliée, mais il est là !
La transe chamanique, une mécanique du cerveau
Parfois le mot transe peut faire peur car notre imaginaire nous projette dans des cérémonies vaudou où l’on peut voir un homme ou une femme se tortiller par terre, les yeux révulsés et la bave aux lèvres… Oui, c’est une transe mais quand vous êtes au volant de votre voiture entre un point A et un point B et que vous ne vous souvenez pas si le feu que vous venez de passer était vert ou rouge, c’est aussi une transe !
Dans le chamanisme, quand nous parlons de transe chamanique, nous parlons d’une fréquence électrique du cerveau, la fréquence Théta, entre 4 et 7 hertz. Tous les outils que j’ai cités plus haut, cherchent à nous faire atteindre cette fréquence. C’est dans cette fréquence que nous avons la possibilité d’interagir avec le monde des esprits. Il est utile de rappeler que l’utilisation d’un tambour dans un rythme d’environ 4 à 7 battements par seconde modifie mécaniquement les fréquences du cerveau pour l’amener dans cette fameuse fréquence Théta.
Mais même si on a compris ce qu’est le chamanisme, qu’on a identifié les outils et la transe, cela ne veut pas dire que tout le monde peut sauter dans le grand bain du chamanisme sans précaution. Je constate parfois avec étonnement que quand un astronaute sort pour faire des réparations sur la station spatiale internationale tout le monde trouve normal qu’il y ait des précautions, du matériel, des compétences très précises et qu’à l’opposé quand on aborde le monde invisible, le monde des esprits, beaucoup de personnes s’y lancent sans connaissance profonde, sans précautions, sans formations… Je trouve ça très dangereux voire inconscient ! Le monde des esprits n’est pas un monde de bisounours !
Quelle est la place du chamanisme aujourd’hui ?
Le chamanisme de par sa structure est un merveilleux outil pour nous permettre de nous réapproprier notre pouvoir personnel, notre autonomie spirituelle. Le chamanisme quand il est pratiqué correctement nous permet de trouver nos propres réponses à nos propres questions, d’obtenir des messages, des guidances sans dépendre d’une structure extérieure, d’une autorité, d’une hiérarchie… Et c’est la raison principale qui fait que le chamanisme a souvent été persécuté et l’est encore par des structures religieuses et politiques. La pratique du chamanisme crée des êtres humains qui vivent en harmonie avec la nature et qui sont des libres penseurs. Le chamanisme est un art collectif. Bien entendu, la pratique individuelle est primordiale mais le groupe, le clan, la tribu permet également de pouvoir partager, de pouvoir se libérer, de se sentir soutenu. La force du groupe qui accueille, qui reconnaît, qui témoigne… est immense et libératrice.
Les dangers du chamanisme
Bien entendu, le chamanisme n’est pas sans risques. Un des grands dangers du chamanisme c’est quand il perd son autonomie et devient un dogme. Quand sa forme sauvage, liée à la nature, se fait enfermer dans une structure qui lui fait perdre sa part de sauvage. C’est ce qui est déjà arrivé dans l’histoire où des savoir-faire chamaniques se sont fait sclérosé dans une structuration excessive pour devenir des religions ou quand des religions ont intégré des pratiques chamaniques pour supprimer la concurrence et donc supprimer la diversité. Ce danger principal est pratiquement toujours lié à l’ivresse du pouvoir. Cette ivresse de pouvoir crée souvent un amalgame de problèmes comme la dépendance, l’abus de pouvoir, l’abus de confiance… mais rien de spécifique au chamanisme car nous retrouvons ces mêmes dangers dans les religions, dans le sport, dans la politique.
Je ne vois rien dans la pratique chamanique qui soit dangereux. Les pratiques dans la nature, l’utilisation du tambour, se réunir pour explorer, rire et pleurer dans la bienveillance… Il n’y a rien de dangereux là dedans à part le risque de permettre aux personnes de penser par eux mêmes, de se reconnecter à la nature et de pouvoir voir au-delà des œillères que la société lui impose.
L’utilisation des plantes psychotropes peut être un réel danger mais le danger n’est pas dans l’utilisation de ces plantes mais plutôt dans l’incompétence ou le manque de formation de certaines personnes qui veulent partager cette connaissance.
Comment devient-on chamane ?
Ce que j’aime particulièrement dans le domaine du chamanisme c’est qu’on peut trouver tout et son inverse ! C’est précisément le cas dans le sujet de “devenir chamane”. Le fait de devenir chamane passe par ce qu’on appelle les “signes d’élection chamaniques”. Comment dans une communauté, une personne est reconnue comme chamane. Il m’est arrivé de rencontrer des personnes qui après être passé par un moment difficile de leur vie ou par l’accident, la maladie, ont la croyance que c’est un signe des esprits et que ces personnes sont devenues chamanes simplement parce qu’elles ont traversé ces épreuves. C’est le signe d’élection que l’on rencontre en Sibérie et en Mongolie mais il est très important de comprendre que ce n’est absolument pas universel. En Corée, les chamanes que l’on nomme “Mudang” sont à 95% des femmes. Donc, accident ou pas, maladie ou pas, si vous êtes un homme en Corée, il sera difficile d’être reconnu comme chamane. Au Tibet, ce sont les Lhapa. Dans cette tradition, ce ne sont pratiquement que les hommes qui reçoivent cette transmission de leurs ancêtres masculins. Et, dans d’autres cultures, ce sont des personnes qui expérimentent, qui étudient, qui y vouent une grande partie de leur vie. Donc, on peut voir à travers ces quelques exemples qu’il n’y a pas une règle et si il y a une règle c’est qu’il n’existe pas de chamane “auto-proclamé” ! C’est toujours la communauté, le village… qui reconnaît un chamane à ses compétences, à ses transes et à l’harmonie qu’il maintient dans la communauté. Dans nos sociétés modernes et le développement du néo-chamanisme, on trouve parfois certaines personnes qui différencient les “praticiens en chamanisme” des “chamanes”. Le praticien en chamanisme est une personne qui s’est formée auprès de structures contemporaines qui ne sont pas héritières d’une tradition spécifique. Le chamane est porteur d’une tradition spécifique.
Je citerai Sandra Ingerman qui a cette belle phrase : “Tout le monde peut faire du chamanisme mais tout le monde n’est pas chamane !”.
Alors, prenons nos tambours, dansons, chantons, explorons… pour notre propre bien être, pour nos libérations, pour notre harmonie avec la nature et nos proches.
Si vous souhaitez découvrir concrètement la pratique du chamanisme, je propose régulièrement des journées d’initiation et des accompagnements individuels.
Vous pouvez consulter les prochaines dates ou me contacter ici.
Questions fréquentes sur le chamanisme
Le chamanisme est un ensemble de pratiques spirituelles présentes dans de nombreuses cultures traditionnelles à travers le monde. Il repose sur la capacité d’un chamane à entrer dans un état de transe afin de communiquer avec le monde des esprits pour obtenir des informations, des guérisons ou rétablir l’harmonie entre les humains et les forces invisibles.
Non. Contrairement à une idée très répandue, la majorité des sociétés chamaniques n’utilisent pas de plantes psychotropes. Dans de nombreuses traditions, la transe est obtenue grâce à d’autres moyens comme le tambour, le chant, la danse, le rêve ou certaines formes d’ascèse.
L’animisme est une vision du monde selon laquelle tout est habité par un esprit : les animaux, les rivières, les montagnes ou certains objets.
Le chamanisme apparaît lorsque certaines personnes développent des techniques pour entrer en transe et communiquer directement avec ces esprits.
Dans les sociétés traditionnelles, on ne se proclame pas chamane soi-même. C’est la communauté qui reconnaît une personne comme chamane en fonction de ses capacités, de ses transes et des résultats de sa pratique. Dans les sociétés contemporaines, certaines personnes pratiquent le chamanisme sans pour autant appartenir à une tradition spécifique.
Oui. De nombreuses cultures continuent de pratiquer le chamanisme dans différentes régions du monde. On observe également depuis plusieurs décennies un intérêt croissant en Occident pour ces pratiques spirituelles et leurs enseignements.