La mythologie basque

31 mars 2026

Origines, esprits, Mari et chamanisme basque

La mythologie basque est l’une des traditions spirituelles les plus anciennes d’Europe. Bien avant l’arrivée du christianisme, les Basques entretenaient une relation étroite avec la nature, les montagnes et les esprits du monde sauvage.

Des figures comme Mari, Basajaun, les Laminak ou encore les Jentil témoignent d’une vision du monde profondément enracinée dans la terre et dans les cycles naturels. Dans cet article, nous allons explorer les origines de la mythologie basque et comprendre ce qu’elle révèle du chamanisme ancien du Pays Basque.

Etant né au Pays Basque, de lignées basques et vivant au Pays Basque, à un moment donné sur mon parcours chamanique, je me suis forcément intéressé à ce qu’il s’est passé sur mon territoire. Mes recherches, mes rencontres n’ont pas cessées depuis. Je vous propose dans cet article de survoler ce sujet passionnant qu’est le chamanisme basque afin d’essayer, ensemble, de pouvoir avoir une vision plus juste et objective.

Les Basques sont-ils celtes ? Origine réelle de la mythologie basque.

C’est un amalgame fréquent que je constate dans mes recherches ou les échanges que j’ai pu avoir autour de moi sur ce sujet. Il est important de se référer à l’histoire qui nous explique clairement que les celtes ont occupé une grande partie de l’Europe occidentale mais leur empreinte n’a pas été identique sur tous ces territoires. Dans la péninsule ibérique, nous trouvons des peuples clairement celtiques comme les les Celtibères, les Vaccéens, les Cantabres, les Astures et parallèlement d’autres peuples ont subis des influences sans pour autant pouvoir être définis comme des peuples celtes et les basques font partie de ces peuples qui ont subi une influence tout en gardant leurs particularités. La langue, une mythologie tournée autour d’une représentation féminine centrale dans tout le Pays Basque, la dimension sacrée des grottes, le système symbolique montagnard. Nous pouvons donc nous ouvrir à un nouveau monde, possédant des concepts uniques tout en respectant nos voisins les celtes mais en évitant les amalgames.

La mythologie comme porte d’entrée du chamanisme basque

Il est inspirant de noter que dans la plupart des cultures à travers le monde, les mythologies sont de vrais encyclopédies chamaniques pour ces mêmes cultures. Les mythes, les légendes, les héros… toutes ces “belles histoires” sont porteuses de sens profond voire même d’enseignement très clair. Il suffit de vouloir voir audelà de la petite histoire qu’on raconte aux enfants. Le Pays Basque ne fait pas exception à la règle. Nous possédons une tradition de contes et légendes d’une très grande richesse avec des variantes ou des spécificités d’une province à l’autre, d’un village à l’autre ou d’une vallée à l’autre.

Vision du monde des anciens basques

Certains éléments de la mythologie basque pourraient remonter à des traditions pré-indo-européennes. Survolons ensemble quelques points clefs de compréhension qui nous permettront de nous rapprocher de la vision du monde de nos ancêtres.

  • Dans la tradition basque, les cieux ne sont pas habités par des “êtres” célestes. Nous n’avons pas, non plus, “d’être élu” qui monte dans les cieux pour recevoir un message divin à transmettre aux humains. Les êtres humains sont tous égaux dans leur relation avec le monde invisible.
  • Le personnage principal de la mythologie basque est une femme qui porte différents noms en fonction du territoire où elle se trouve. Nous la retrouvons le plus souvent sous la dénomination de Mari (une probable influence chrétienne dans cette appellation très répandue), Emazte xuria (la dame blanche), Joana Gorri (Joana la rouge), Maitagarri (l’amour qu’on ne peut pas ne pas aimer). Elle vit dans certaines grottes, canyons et cascades, elle est souvent entourée d’animaux de couleur rouge, elle est associé à la terre. Elle peut prodiguer des bénédictions ou créer des perturbations en fonction du comportement des personnes qui la consultent.
  • Le soleil et la lune sont les enfants de la terre. Tous les matins, le soleil sort de la terre et le soir il se couche dans la terre. La lune fait de même dans son propre rythme. On peut constater que part rapport à d’autres systèmes, ici au Pays Basque, même le soleil et la lune n’ont pas une place “divine”. Tout vient et revient à la terre.
  • Le temps est pendulaire, c’est-à-dire qu’à la fin de l’hiver les populations espéraient que le “balancier” du temps repartirait vers l’été. Ce concept simple peut nous faire comprendre que pour nos ancêtres, la fin de l’hiver était une période de grand stress dans l’attente des premiers signes de la nature qui repart vers la vie, la lumière.

Une relation étroite avec la nature et la maison

C’est cet aspect de la culture et de la mythologie basque qui peut nous faire percevoir un terreau chamanique très ancien. Ce n’est bien entendu une spécificité basque mais il est important de noter qu’au Pays Basque toute la mythologie, les esprits viennent de la nature, viennent de la terre et sont donc liés de près ou de loin à Mari. Il n’y a pas de temple, de lieu sacré dans la cité. Les cathédrales du chamanisme basque sont les forêts, les grottes, les montagnes, le monde sauvage.

Si il y a un bâtiment qui agit comme édifice sacré pour nos ancêtres, c’est l’Etxe, la maison, la ferme, là où vit toute la famille. C’est le bâtiment central, véritable temple d’une certaine manière. Il est aussi très intéressant de noter que dans un territoire où beaucoup d’hommes sont partis en estive avec leurs troupeaux de brebis ou de vaches ou alors partis à travers les océan pour aller pêcher la baleine ou la morue…

Dans ce contexte, la maîtresse de maison, etxekoandre assume les responsabilité de gardiennes des rites en lien avec le monde sauvage à partir de la maison. Les rites de naissance, funéraires, de communication avec les ancêtres… La maîtresse de maison et la maison sont les piliers de pratique chamanique dans la culture basque.

Le monde sauvage

C’est dans la nature, dans le monde sauvage que se trouvent tous les représentants de la mythologie basque. Pas de dieux ou de déesses mais plutôt des esprits avec qui nous cohabitons. Les figures principales sont :

  • Mari : esprit de la terre, vivant dans les grottes, les canyons, les cascades. Elle peut être inquiétante car elle peut prodiguer aussi bien des bénédictions que des complications.
  • Basajaun : le seigneur sauvage. Il vit dans la forêt avec sa compagne Basandere. De grande taille, couverts de poils, Basajaun est le gardien de tout les savoirs secrets de la nature. Il est souvent décrit comme un personnage un peu bourru et ayant comme prisonnier Martin Ttiki (le petit Martin) qui réussit toujours à s’échapper, ramenant au village une connaissance (la fabrication de la scie, la semence des céréales…)
  • Laminak : ce sont un ensemble d’êtres souvent féminins, vivant dans “l’autre monde”. On peut les apercevoir parfois au bord d’une rivière, à une source, se coiffant leurs longs cheveux dans l’eau utilisant leur peigne d’or. Les laminak peuvent collaborer avec les humains ou plus précisément avec la maîtresse de maison pour lui rendre la vie plus facile. C’est souvent un partenariat.
  • Jentil : Ce sont des géants, les ancêtres du peuple basque qui ont aujourd’hui disparu. Ils sont décrits comme très forts, portant les pierres des dolmens sur leur dos, des bâtisseurs. Ils ont disparu avec l’arrivée du Christ.
  • Olentzero : Souvent décrit de manière erronée comme le père noël basque. Olentzero n’a rien à voir avec un père noël. C’est un charbonnier. Il vit dans la forêt, dans le monde sauvage et au moment du solstice d’hiver, le 21 décembre, il descend de la montagne pour apporter aux familles le plus grand trésor, la lumière symbolisée par la lanterne qu’il porte. Il n’apporte pas de cadeau. La lumière qu’il apporte représente la lumière qui à partir de ce solstice revient petit à petit.

Du mythe à la pratique

Toutes ces notions, ces concepts que je ne fais qu’effleurer dans cet article sont passionnants mais ils ont le danger de ne nourrir que l’intellect. C’est une part essentielle et indispensable mais il ne faut pas que ce soit au détriment de la pratique. Il faut être honnête, après des années et des années de recherche, d’exploration, de rencontres, il faut reconnaître que nous avons perdu au Pays Basque une transmission de générations en générations d’un vrai système de chamanisme pratique. Nous avons toujours été très fort pour garder intact une danse, un chant, un symbole, un mythe à travers les âges mais les échanges et les influences avec d’autres traditions, avec le christianisme… nous ont fait perdre cette transmission. Mais, il est clair que nous avions des pratiques. Alors, comment faire ? La recherche et l’audace ! J’ai été très surpris et je reste encore à ce jour sans voix sur les similitudes qu’il peut y avoir entre notre culture basque et des peuples à l’autre bout de la terre. Mes voyages m’ont permis de me poser une question…. et si…… ? et si il y avait dans le chamanisme des postulats identiques. Et si, nous ici, au Pays Basque, nous avions gardé le “comment”. Comment réaliser tel chant, danse, peinture, construction….. Là, où, à l’autre bout du monde, certaines traditions ont réussi à garder le “pourquoi” des mêmes éléments ! Alors, oui, il faut beaucoup de recherches, de lectures, d’étude pour avoir une base solide et valide d’un point de vue historique et anthropologique et alors, on peut penser qu’avec un peu d’audace on peut mettre en application certains aspects de notre culture grâce à certaines clefs universelles. Ensuite, dans une démarche que je pourrais qualifier de scientifique, observons le résultat.

La mythologie basque nous ouvre les portes d’une vision du monde profondément enracinée dans la terre, les montagnes et le monde sauvage. À travers des figures comme Mari, Basajaun ou les Laminak, elle témoigne d’une spiritualité ancienne où l’être humain vit en relation avec les forces de la nature. Si les pratiques se sont en grande partie perdues au fil des siècles, les mythes, les contes et les symboles nous offrent encore aujourd’hui de précieuses clefs pour redécouvrir cette sagesse ancestrale.

Ce travail sur le chamanisme basque est sans fin car les découvertes, les prises de conscience sont régulières. Régulièrement, je partage l’avancée de ce travail à travers des stages où nous abordons l’aspect intellectuel du sujet et ensuite, nous mettons en pratique. Si ces stages vous intéressent, surveiller les événements sur mon site et pistez le prochain.

Foire aux questions – Mythologie basque et chamanisme

Les Basques sont-ils un peuple celte ?

Non, pas au sens strict.

Les Basques ont côtoyé des peuples celtes (comme les Celtibères ou les Cantabres) et ont été influencés par eux, mais ils conservent une identité propre :

  • une langue unique (l’euskara)
  • une mythologie centrée sur la terre et le féminin
  • une vision du monde distincte

Il est donc important d’éviter les amalgames.

Qui est Mari dans la mythologie basque ?

Mari est la figure centrale de la mythologie basque.

Elle est associée à :

  • la terre
  • les grottes, montagnes et lieux sauvages
  • les forces naturelles

Elle peut accorder protection ou provoquer des déséquilibres selon le comportement humain.
Elle incarne une intelligence vivante du monde naturel.

La mythologie basque est-elle une forme de chamanisme ?

On ne peut pas parler de chamanisme structuré comme en Sibérie ou en Amazonie.

Mais elle révèle clairement :

  • une relation directe avec les esprits de la nature
  • une absence d’intermédiaires religieux
  • une pratique ancrée dans le territoire (maison, montagne, forêt)

On peut parler d’un terreau chamanique ancien.

Quels sont les principaux esprits ou figures ?

Parmi les figures majeures :

  • Mari : esprit de la terre
  • Basajaun : gardien des savoirs sauvages
  • Laminak : êtres liés à l’eau et aux seuils
  • Jentil : anciens géants bâtisseurs
  • Olentzero : porteur de la lumière au solstice

Ce ne sont pas des “dieux” mais des présences avec lesquelles on cohabite.

Peut-on pratiquer aujourd’hui un chamanisme basque ?

Oui, mais pas en reproduisant un système intact (qui a été en grande partie perdu).

Aujourd’hui, la démarche repose sur :

  • la recherche (historique, anthropologique)
  • l’observation des mythes et symboles
  • l’expérimentation personnelle et collective

C’est une voie vivante, qui demande à la fois rigueur et audace.